4 questions sur les Google cars, la ville et les données

Vous avez sans doute entendu parler des voitures "sans conducteur" développées par Google. Elles ne constituent pas un phénomène isolé. De nombreux autres industriels ou laboratoires font des annonces relatives à des véhicules autonomes à basse vitesse, à de la conduite en cohorte ou à des véhicules capables de se garer seuls. Google semble néanmoins en pointe et vient d'obtenir le droit de faire rouler ses véhicules sur la chaussée dans plusieurs états aux USA. A ce stade, les véhicules doivent être opérés par un conducteur capable d'intervenir en cas d'urgence et un ingénieur copilote capable d'intervenir sur le système de pilotage automatique.
Ce phénomène semble, néanmoins, important et porteur de tendances lourdes, le blog Transports du futur y consacre un article très juste et complet.
Il m'a semblé intéressant de partager quatre questions avec vous, n'hésitez pas à me faire part de vos avis en commentaires :

Comment seront elles partagées ?
Le modèle du véhicule autonome exprime sa valeur lorsqu'il est partagé : utilisé par plusieurs voyageurs, mais aussi géré en flotte intelligente. Il optimise ainsi l'offre en fonction des demandes et des contraintes liées au trafic routier, mais aussi à l'offre des autres modes : trains métros; aux éventuels péages urbains, au stationnement, à l'énergie, à l'entretien... Enfin, comme le montre la vidéo ci-dessus, ces véhicules peuvent permettre l'accès à la mobilité pour des catégories qui en sont aujourd'hui privées.
Reste à savoir quels seront les modes de partage et autour de qui se syndiqueront ses flottes. Collectivités locales ? copropriétés mutualistes ? ou plus probablement opérateurs privés : fabriquant automobile, opérateurs de transports, acteurs de l'internet ? Les questions de responsabilité, de sécurité, de confiance sont, bien entendu, essentielles et peuvent retarder l'adoption de cette technologie.

Quelle ville densifieront-elles ?
En s’affranchissant au moins partiellement du stationnement et en contribuant au partage des infrastructures, les voitures sans conducteur permettront de densifier la ville. Mais la ville dense constitués "d'ilots" à dimension humaine, dont réve Kent Larson, s’accommode plutôt d'une combinaison de modes doux : marche, vélos et de modes lourds : métros, tramways. Les Google Cars pourraient, au contraire, rendre possible un étalement urbain à très grande échelle... Ces voitures, auront elles la capacité à faire évoluer les densités actuelles ? Dans quelles proportions ? Quelles seront alors les conséquences sociales et économiques de cette densification ? Y a t il, notamment, à cette occasion des risques de fractures sociétales ou territoriales nouvelles ?

Seront elles durables au plan énergétique ?
L'efficacité énergétique du véhicule autonome n'est pas une évidence. Le rapport poids du véhicule/capacité d'emport n'est pas amélioré. Le contact roue/route non plus et sur ces deux critères les modes lourds : trains, métro, trams... peuvent garder un avantage. 
A contrario, on peut aussi considérer les gains importants qui pourraient résulter d'une conduite optimisée, voir d'une disparition des arrêts actuellement liés aux embouteillages et à la signalisation (feux, stop...).  
Enfin, le système semble finalement capable de s’accommoder de véhicules différents préservant, ainsi, une capacité d'innovation et d'expérimentation qui fait défaut aux modes lourds. Ainsi les Google cars pourraient rester durablement à la pointe en matière d'énergie et peut être un jours devenir plus "durables" que les transports de masse.

Qui en captera la valeur ?
Lors du lancement récent d'IOS6, Apple a choisi de se passer de Google Maps comme service de cartographie par défaut sur l'iPhone. La cartographie "Apple" a déçue les utilisateurs à tel point son CEO Tim Cook a présenté des excuses publiques et qu'on a parlé de "mapocalypse". Cet évènement illustre l'avance, apparemment insoupçonnée, que Google a dans le domaine de la cartographie et de l'information géographique.


Cette avance vient de loin. Divers analystes ont insisté sur la maîtrise du cycle de vie des données : collectées, comparées, corrigées, évaluées... qui sous tend cette avance et qui ne se limite, d'ailleurs, pas aux données géographiques. Elle s'étend aux données de recherche sur Internet et à la capacité de prévoir les tendances (ou les épidémies) qui va avec, aux livres, aux brevets, et bien sûr, aux données personnelles, sociales et de mobilité de millions d'utilisateurs de gmail, Google Maps ou d'Android....
En outre, il ne s'agit pas de données statiques, mais de données constamment utilisées, évaluées et enrichies par des millions de personnes et de capteurs.
Cette maîtrise des données et de leurs usages constitue un socle irremplaçable pour des services de mobilité optimisés et différenciant. Constructeurs et opérateurs doivent s'y préparer, sous peine de devoir, demain, rejoindre Apple dans la foule des victimes de Google. 

Brève histoire de la densité urbaine & 5 idées pour l'avenir : Kent Larson

En un quart d'heure, Kent Larson, architecte et directeur du programme Home_n au MIT, pionnier de l'architecture open source, brosse une histoire de la densité urbaine et la prolonge par un prospective autour de cinq concepts innovants. La vidéo étant à la fois dense et intéressante. Elle rassemble des tendances très actuelles et les illustre avec des exemples concrets. Je vous propose de la regarder ou de lire le petit compte rendu ci-dessous.



Histoire de la densité des villes
Les premiers regroupements humains se sont faits autour des points d'accès à l'eau,
La possibilité d'accéder à pied aux ressources essentiels marque l'organisation des villages comme nous pouvons le constater dans les zones rurales traditionnelles.
Longtemps, le foyer familial est multi fonctionnel. Il permettait la culture et l'élevage, la production d'eau et d'énergie et la majorité des fonctions sociales, culturelles ou médicales.  
Lors de la révolution industrielles, les installations se sont spécialisées : usines, hôpitaux, écoles, centrales énergétique... et les réseaux se sont développés.
Cette organisation conduit aux développement de l'étalement urbain ou "Sprawl". 
Ce modèle "obsolète" (je cite), est, aujourd'hui encore, celui qui sert de référence pour la conception de milliers de nouvelles villes, notamment en Chine ou il faut accueillir quelques 300 millions de nouveaux urbains dans le 15 ans qui viennent.
L'attractivité et l'importance des villes va encore augmenter au XXI siècle.
Grâce au développement d'internet, les "bureaux" espaces spécialisés dans la production vont devenir obsolètes, et la maison va redevenir un lieu polyvalent pour le travail, les achats, l'éducation et les loisirs... Dans le même temps, les produits : vêtements, biens de consommation sont de plus en plus personnalisés et de moins en moins standards. 

L'avenir
A partir de ces constats, Kent Larson imagine la ville idéale et propose de s'inspirer de... Paris au début du XXème siècle. (Voire minute 3.53). La répartition des commerces, cafés, écoles et autres lieux de vie permet d'accéder à presque toutes les ressources dans en rayon compatible avec un déplacement à pied ou en vélo. Il illustre ce phénomène en comparant des cartes de densité de Paris avec celles de villes plus récentes comme Pitsburg... (Voir la comparaison des données cartographiques).

Il faut viser des réseaux de cellules urbaines denses d'un rayon d'un mile correspondant à 20 minutes de marche à pied, pour environ 20 à 50 000 habitants.Ces quartiers, reliés entre eux par des réseaux de transports publics, peuvent mettre en place des infrastructures de mobilité nouvelles : axes piétonniers comme à Boulder, Séoul ou Manhattan, des vélos en libre services, des pistes cyclables comme à Copenhague où plus de 40% des déplacements se font en vélo...

Le partage des véhicules, type Vélib ou Autolib est alors un facteur clés pour éviter de consacrer trop d'espace à la circulation automobile et au stationnement des véhicules personnels.
La première idée de Kent porte sur des voitures électriques "pliables" et partagées qui occupent jusqu'à 28 fois moins de place d'un parc automobile actuel pour une production de mobilité personnelle équivalente.
Le thème, qui m'est cher, de la cohabitation des modes, est rapidement évoqué (Minute 9.30) avec la présentation d'un concept permettant aux voitures d'interagir avec les piétons pour leur signaler qu'ils ont bien été "vus" par le véhicule. 

Un tricycle à assistance électrique permet de démocratiser l'accès aux pistes cyclables pour tout ceux qui sont rebutés par l'effort ou les contraintes vestimentaires liées au vélo. Un concept pour réconcilier vieillissement de la population, lutte contre l'obésité, économie d'énergie, mobilité et encombrements !

L'absence de logements à des prix accessibles en centre ville constitue aussi une limite au développement harmonieux des métropoles. Pour traiter ce problème, Kent Larson propose de travailler sur des modules habitables personnalisables, polyvallents et robotisés. Le concept est illustré de façon spectaculaire en 11.45. Il ne s'agit pas de "logements intelligents", mais de "logements idiots" aménagés avec des "choses intelligentes". 

L'éclairage intelligent par exemple (projet développé avec Siemens) s'adapte automatiquement aux besoins des occupants et économise de l'énergie. L'utilisation de la lumière solaire peut aussi être optimisée via des réflecteurs automatiques. 

Enfin, le recours à des espaces partagés pour le travail, le prototypage, les loisirs... permet d'envisager cette ville du futur, à la fois dense, durable et agréable à vivre.

Carte du RER d'après Twitter

Comme promis dans l'article sur les smileys et les tweets du RER, voici les résultats d'un nouvelle expérience combinant Twitter, le RER et les nouvelles API Google Maps V3.

En région parisienne, il y a de l'ordre d'un tweet par minute qui contient le mot clé RER, A titre d'exemple, voici les derniersSur ces tweets, environ un sur dix est géolocalisé.

La carte ci-dessous permet de visualiser les lieux d'où ces tweets géolocalisés ont été émis. Pour obtenir les 4000 tweets géolocalisés nécessaire à la réalisation de cette carte, j'ai dû patienter quelques semaines.... mais voici le résultat :

J'en ai profité pour jouer un peu avec les styles de Google Maps et vous propose une autre version de la même carte que vous trouverez peut être plus sympathique :

Sans surprise, on voit que les gens parlent de RER sur Twitter de préférence quand ils sont dans les trains et les gares du réseau. Mais il est peut être intéressant de comparer la densité par ligne, et sur une même ligne par gares...

Plus j'aurai de données et plus la carte pourra être précise et (j'espère) instructive. 

Pour ne pas attendre trop longtemps et savoir dès aujourd'hui ce que vous en pensez, voici un lien vers une version de la carte que laquelle vous pourrez vous même expérimenter les options de zoom, de couleur, de rayon.... grâce aux options habituelles de Google (zoom et passage de la vue satellite à la vue carte) et aux  boutons en bas de page à gauche.
Update : voici une carte avec plus de tweets et une visualisation dynamique dans le temps.